Un Canard sur la Loue



UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - Le Val d'Amaous


Vous aurez beau chercher la forêt d’Amaous sur toutes les cartes de Franche-Comté, vous ne la trouverez pas. Elle est inscrite dans les mémoires de la plaine doloise. C’est le nom d’une peuplade qui nous fait remonter au
temps des Romains et même des Celtes. Pour mieux comprendre, évoquons la Franche-Comté d’autrefois.

La Franche-Comté est un nom du Moyen-Age qui a mis au féminin «le» comté de Bourgogne. Auparavant, elle s’appelait la Séquanie, du nom peut-être de la petite rivière jurassienne «la Saine» (Sequana) qui d’après certains
historiens, bordait l’Alesia-Syam de Jules César, près de Champagnole. Autre hypothèse : le peuple celte des Séquanes serait venu de la haute vallée de la Seine. A leur arrivée, les Romains ne bouleversèrent pas
l’organisation celtique en place depuis des lustres. Ils donnèrent le nom de «pagus : pays» (pluriel : pagi), au territoire que peut commander un chef de tribu n’ayant que des coureurs à pied pour transmettre ses ordres.
Les limites sont coutumières, sans aucune borne, reconnues de tous. Quelques «pays » ont traversé les siècles comme les pays de Gex, de Cau, les cantons suisses. En pays germaniques, c’est les « gau ». A leur arrivée au 5°
siècle, les Burgondes (qui donneront la Bourgogne) reprennent les structures gallo-romaines qu’on retrouve mentionnées dans les documents historiques. Voici les cinq pays de la Franche-Comté notés au 8° siècle à l’époque
carolingienne.

1. LE PAYS D’AMAOUS. Nous commençons par celui qui nous concerne directement. C’est un pays de vastes forêts (dont celle de Chaux) et de plaines fertiles avec la Saône, le Doubs et la Loue. Il est limité à l’ouest par la
Saône (qu’il dépasse en face d’Auxonne), descend au sud jusqu’au confluent avec le Doubs à Verdun, Neublans et Sellières pour remonter en amont de Saint-Vit et Chemaudin jusqu’au sud de Rougemont et Gray. Les centres sont
Dole, simple bourgade, et Pesmes. Les Amaous sont une peuplade franque venant du nord de la Hollande, à côté de la Frise. Le nom vient de Chamaves après la chute de CH (amaves), la transformation du V en U (amaous) et la
contraction (amous). Il se retrouve aujourd’hui dans celui du village de Saint-Vivant en Amaous situé entre Dole et Auxonne, ainsi que dans… «Val d’Amour», basse vallée de la Loue. Cette peuplade d’abord repoussée, fut
amenée de force en 296 sur ordre de Constance Chlore pour repeupler la Séquanie épuisée par les destructions alémaniques de 276. Constance Chlore était gouverneur des Gaules, adjoint de Maximien, lui-même adjoint de
Dioclétien (284-305). Il est le père de Constantin qui mit fin en 313 à la persécution des chrétiens.

2. LE PAYS D’ESCUENS ou SCODING, du nom d’une tribu alémanique arrivée du pays des Helvètes à la fin du 6° siècle. C’est le pays de l’Ain avec Nozeroy, Champagnole, Morez, Lons, Presilly, jusqu’à Louhans. Le centre
d’activité est dans la région d’Orgelet et Arinthod. Saint-Amour et Gigny sont à la limite du pays lyonnais. La terre de Saint-Claude était à part.

3. LE PAYS DES VARASQUES ou VAROIS. C’est le plus vaste avec comme centre Besançon. A l’est, il allait jusqu’à Jougne et Romaimmotier (Suisse), sauf Mouthe rattaché à Saint-Claude. Il se prolonge au sud jusqu’au pied du
plateau avec Salins, Arbois, Poligny, Toulouse-le-Château. Il franchit le Doubs en amont de Saint-Vit et rejoint l’Ognon près de Rougemont.

4. LE PAYS DU PORTOIS. C’est la vallée du haut cours de la Saône, pays de plaines et de collines. Son nom vient de Port-Abucin à 15 km au sud de Port-sur-Saône. Cette petite ville sera détruite par les Normands et le
centre s’est reconstruit sur la motte de Vesoul. Les autres villes sont Luxeuil, Faucogney, Faverney, jusqu’à Bourbonne.

5. LE PAYS D’ELSGAU, aujourd’hui pays de l’Ajoie. Son nom vient de la petite rivière Allan qui draine les eaux de la trouée de Belfort. Son premier centre fut Mandeure, puis Montbéliard et Belfort. Il couvrait toute la
plaine de Porrentruy en Suisse et la boucle du Doubs jusqu’à Sainte-Ursanne. Ce fut la porte des invasions germaniques.

Le Val d’Amour n’est qu’une petite partie de l’ancien pays des Amaous qui correspond approximativement aujourd’hui au Pays dolois comptant 80 000 habitants et plus de 2 000 ans d’âge.

 
Henri Meunier
Canard n° 77, hiver 2005