UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - Le colonel Nicolas Meyer, créateur de roses


Le colonel Meyer était membre de la Société d’horticulture depuis 1913, il en devenait président en 1930. Quand il en prit la direction, il trouva la société un peu en sommeil. C’était une vieille association qui vivait doucement dans ce qu’elle croyait être son cadre.
Sans ménager et ses peines et son temps, comprenant tout ce que l’on pouvait atteindre avec les moyens qu’elle possédait, il commença à apporter aux méthodes de travail et aux statuts une nouvelle jeunesse. Dès qu’il eut obtenu un local convenable, il organisa des conférences très fréquentes où il traita lui-même des sujets concernant l’horticulture, l’arboriculture et la viticulture. Il fallait l’entendre parler de ces sujets qu’il connaissait si bien : il en parlait pour convaincre, pour apprendre à ceux qui, ayant un jardin ou un enclos, ne savent en tirer tout le parti que la nature généreuse leur permet d’en tirer. Il sut s’entourer de collaborateurs éclairés et dévoués qui, dans les causeries suivies avec empressement, enseignement à tous ceux qui s’y intéressent, l’apiculture et la mycologie. Il créa un Bulletin mensuel où, à côté des conseils les plus judicieux, à côté d’enseignements techniques les plus instructifs, de sa plume élégante, il n’hésitait pas à dire, en vers, ce que la nature lui suggérait d’impressions douces et profondes.
L’esprit débordant d’idées, organisateur éprouvé, théoricien accompli en même temps que praticien rompu à toutes les méthodes d’application, expérimentateur, créateur même de procédés de culture, il était le chef idéal d’un tel organisme.
Combien attrayantes étaient ses causeries ; instructives, les séances de taille en plein air ! D’abord quelques notions techniques, concises et claires, puis le tablier bleu passé sur le chapeau melon et le veston, il commençait la leçon, examinait méthodiquement les cas concrets typiques et, sur le champ, donnait la solution.

Une réputation qui s’étend au loin
Sa science était universelle ; toutes les tailles lui étaient familières ; il connaissait toutes les espèces, toutes les variétés de légumes, fleurs, arbustes, arbres. Rien ne lui était étranger de la composition, de l’emploi des engrais. Il avait tout expérimenté, pouvait se prononcer sur toutes les nouveautés.
Aussi sa réputation s’étendait-elle très loin. Son jardin potager et fruitier, sa roseraie, étaient renommés et recevaient de fréquentes visites, non seulement des horticulteurs comtois et bourguignons, mais aussi des grands horticulteurs de la région parisienne et même de Belgique et autres pays étrangers.
Il avait constitué, sur le dessin de Bagatelle, un véritable musée de la rose, depuis la primitive églantine, jusqu’à ses créations propres, où figure, entre autres, sa « Lucie-Nicolas Meyer ».
Son prestige était si grand qu’il fut élu vice-président de la Société des Rosiéristes de France et que les grands congrès horticoles, les grands jurys d’expositions sollicitaient son concours.

Quelques-unes de ses initiatives heureuses
Comprenant, au point de vue social ce que la Société d’Horticulture de Dole pouvait et devait faire, il voulut donner aux humbles un petit coin de jardin ensoleillé de fleurs, il créa à Dole une Société de jardins ouvriers qui, grâce au généreux appui qu’il sut obtenir de la part de la municipalité de Dole connut jusqu’après la guerre 1939-1945 un grand développement et un grand succès.
Il créa des sections d’horticulture à Arbois et Salins et les chérissait autant que la société mère ; il fonda la section des Dames patronnesses ; il préconisa et encouragea l’embellissement par la fleur et la verdure des villes et villages, associant la Société d’Horticulture aux efforts des pouvoirs publics pour tout ce qui touche à l’urbanisme et au fleurissement des villages.

La belle exposition organisée en 1931
Il organisa avec un rare bonheur des expositions qui remportèrent un succès total. Les anciens Dolois ont encore devant les yeux la féerie des couleurs et la beauté des fleurs qu’il présenta dans les expositions de roses et de dalhias.
C’est surtout l’exposition du 18 au 22 octobre 1931 qui fut une remarquable réussite. Organisée avec entente avec le comité de la fête d’automne, elle fut ouverte à toutes les productions du jardinage, horticulture, art floral, apiculture, outillage, engrais, produits insecticides, anticryptogamiques, littérature technique, statistique. Les petits artisans, amateurs de travaux exécutés avec le modeste outillage du foyer domestique y avaient présenté leurs créations.
Tout cela était exposé dans les cours, salles, ateliers et hangars de l’école primaire supérieure, dans un cadre orné et embaumé par les plus belles de l’automne.

Une retraite consacrée à la propagande horticole
Comme on le voit, le dévouement et l’activité du colonel Meyer étaient énormes. Il ne craignait ni le labeur ni le surmenage, ayant à cœur de mener à bonne fin toutes les œuvres dont il avait assumé la direction dans le Jura comme dans le département du Doubs, où il était vice-président de la Société d’horticulture, président de la section comtoise « Les amis des Roses et directeur de l’importante section des « Jardins ouvriers de Besançon ».
Il recherchait toutes les occasions de prêcher la croisade horticole et de faire valoir les Sociétés qu’il animait de son ardeur.
Son caractère comtois, parfois un peu rude, se reflétait dans ses actes exigeant de ses auxiliaires une aide sans défaillance. Ses vertus militaires s’étaient en quelque sorte transformées dans sa vie civile et campagnarde tout en s’adoucissant sous l’influence heureuse de la Rose qu’il aimait d’un amour sans égal.
Son dévouement à la cause pour laquelle il se donnait sans compter lui fut fatal.
À 74 ans, le dimanche 7 décembre 1933, par un froid glacial, il quitta Villers-Farlay pour aller donner deux conférences à Besançon. Le même jour il revenait à Dole pour diriger la séance de la Société d’horticulture. Mais terrassé par le froid, il rentrait à son domicile où il devait s’aliter et être emporté quelques semaines plus tard.