UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Patrimoine - Germigney : la chapelle oubliée

Depuis toujours les villages de Chissey, Chatelay et Germigney forment la paroisse de Chissey, puisque seul ce dernier possède église (XII Ième) et cimetière alentour. A Germigney, des éléments d’archives accréditent l’existence ancienne d’une chapelle implantée au centre du village. Dans une charte de 1620 tendant à règlementer la vaine pâture entre les habitants et manants de Chatelay et Germigney, on lit : « (…) rière le territoire dudit Germigney, plus avant que le clocher dudit lieu (…) » et plus loin en fin de l’acte « (…) fait et passé audit Germigney devant l’église d’icelle, par devant Simon Boilley de Chissey, notaire ».
Un ancien pouillé (1) du diocèse de Besançon mentionne : « (…) la chapelle de Germigney était aussi bien que l’église paroissiale de Chissey, dédiée à Saint-Christophe. »
L’observation de la carte de Cassini de Germigney, levée de 1750 à 1815 laisse apparaître clairement le double symbole représentatif de la présence d’un château et d’une chapelle.

En 1853 dans son dictionnaire des communes du Jura, Rousset écrit : « (…) il existait à Germigney une ancienne chapelle qui a été démolie en 1818 et remplacée par une simple croix ».
Au XVIIIème siècle, les archives paroissiales font apparaître une Confrérie du Saint-Scapulaire érigée à la chapelle de Germigney. La longue liste des personnes qui ont été admises à cette Confrérie nous indique les patronymes de familles et leur provenance des villages environnants. La seule profession mentionnée concerne les activités liées au travail effectué par les bûcherons sédentaires dans le massif de la forêt de Chaux. Exemples : Jeanne Lhomme dans la forêt de Chaux, Antoine Gueunon coupeur au canton de Chissey, Jeanne Claude Breton, coupeuse au canton de Chissey, Toinette Huguenet des baraques de Chissey, etc.
Sans équivoque aussi, l’extrait des droits curiaux de Chissey (1704) incombés au curé ou à son vicaire, à l’égard des paroissiens des villages de Chissey, Chatelay et Germigney : « (…) le curé dudit Chissey doit allé dire la messe en lieu de Germigney chaque dimanche de l’année et aux fêtes solennelles suivantes, à savoir à Noël, Purification de Notre-Dame, Pâsques, Pentecôte, Ascension de Notre-Seigneur et Assomption de Notre-Dame ».
Outre les offices religieux, la cloche de la petite chapelle ne cesse d’appeler pour rassembler les habitants. Bon nombre de délibérations concernant les affaires de leur communauté, commencent par la formule : « (…) les habitants et manans de la localité de Germigney étant assemblés sur la place publique du lieu, au son de la cloche, en la manière accoutumée pour délibérer des affaires …(…) »
Au début du XIXème siècle, désaffectée, menacée de ruines, compromettant les travaux d’élargissement de la voie départementale n° 7 de Dole à Quingey, la chapelle est mise en vente. « (…) Le 31 juin 1818, le conseil municipal procède à la vente par adjudication de tous les matériaux : bois, tuiles, pierres, etc, de la ci-devant chapelle aux charges et conditions suivantes à savoir :
1. – de payer dans le délai de deux mois le prix de la vente et de fournir d’ici là une bonne et valable caution ;
2. – de démolir avec la précaution nécessaire dans les délais d’un mois ladite chapelle ;
3. – d’enlever les matériaux et déblais, nettoyer et aplanir l’emplacement dans le même délai. (…) »
Au 12ème enchérissement la vente est adjugée à M. Chavelet, avocat à Dole, demeurant à Germigney pour la somme de 263 fr.
Jusqu’à la fin du XIXème siècle, la présence de cette chapelle persiste dans la mémoire collective et le quotidien des habitants. En séance du 18 février 1861, le conseil municipal décide de vendre à M. Brochet Pierre, marchand de bois à Chamblay, un chêne, isolé, qui peut avoir environ 150 ans, situé au lieu-dit « Sur la Chapelle ».
La construction de l’actuel bâtiment communal mairie-école s’achève en 1883, abritant à l’origine salle de mairie, salle de classe et logement de fonction pour l’instituteur. Une cloche est fixée au mur extérieur, près de la porte d’entrée principale de ce bâtiment, et ainsi mise en fonctionnement pour rythmer le début des cours et la fin des récréations. Cette cloche, fondue en 1664 par Frère Séraphin à Saint-Loup, est-elle en rapport avec celle ayant appartenu à la chapelle ? A ce jour rien ne justifie cette hypothèse. Cependant, des cas similaires existent où suite à la destruction, ou l’abandon d’une chapelle, la cloche demeurait propriété de la communauté villageoise, et reprenait du service dans le clocher d’église, au côté de ses grandes sœurs. On peut citer en exemple : la cloche de la chapelle St-Nicolas de Fraisans replacée dans le clocher de Rans ; la cloche de la chapelle Ste-Foy de Port-Aubert dans le clocher de Rahon, etc.
Aujourd’hui, témoin trop souvent anonyme, ignorée de beaucoup de personnes, la pierre du calvaire surmontée d’une croix en fonte moulée, érigée à l’emplacement de l’ancienne chapelle située sur la place du village, est là pour en maintenir le souvenir.
A noter que le 3 juillet 1811, Amédée Louis, dernier marquis de Germigney, érige une chapelle domestique au rez-de-chaussée de son château à Germigney.
Novembre 1986, la mauvaise qualité de la dalle (pierre gélive) du calvaire se détériore et entraine la chute de la lourde croix de fonte, qui se brise en de multiples morceaux. Après restauration, le calvaire retrouve son aspect initial en mai 1987.

Robert Francioli
(1) sous l’Ancien Régime, registre des biens et des bénéfices ecclésiastiques dans une région.