UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Patrimoine - Château de Clairvans - 39380 Chamblay

L’histoire du château de Clervans (orthographe de l’époque) commence par un désastre. Dans la guerre que les barons comtois firent à Philippe le Long, ils brûlèrent cette forteresse. En 1501 la paix fut conclue. Philippe le bel, administrateur du comté, condamna les barons à rebâtir cette forteresse et à réparer tous les dommages qu’ils avaient causés
Le château qui fut rebâti occupait un plateau qui s’élève en amphithéâtre au sud-est du Val d’Amour. Il montrait ses hauts remparts garnis de parapets, de créneaux, de tourelles élégantes et ses quatre ponts-levis.
La dernière reconstruction du château date du XIXème siècle, ce qui explique son style Renaissance. C’est en effet vers 1850 que M. de Saint-Mauris-Chatenois le fait bâtir à l’endroit qu’occupait le manoir de la marquise de Salives décédée en 1789.
Ce château se compose d’un principal corps-de-logis aux angles duquel sont, au sud, deux ailes en retour et, au nord, deux tours octogonales, appartenant à l’ancienne construction, couronnées par des flèches couvertes en ardoise. Ce bel édifice d’effet est bien visible depuis la départementale D472.
Le dernier des comtes de Saint-Mauris mourut au début du XXème siècle. Le château ainsi que sa propriété couvrant 29 hectares passèrent aux mains d’un banquier égyptien, Emin Karam, surnommé Karam Pacha. Ce dernier transforma l’ensemble en une colossale ferme modèle avec un important troupeau de vaches, une laiterie, une fabrique de choucroute, un élevage d’escargots et de canards sauvages, etc. Une batteuse mécanique entra en service pour les besoins de la ferme, une centrale électrique fut édifiée et un parc à daims fût créé. Karam recevait avec magnificence, organisait des chasses princières. Son nom se détachait sur le vert de la pelouse dessiné en parterres fleuris par ses jardiniers.
Les artisans locaux oeuvrèrent pour le château ainsi que de nombreux habitants de Chamblay et des villages voisins pour l’entretien et le fonctionnement des nombreuses activités.
Mais brutalement il quittait les lieux après avoir été mis en faillite.
En décembre 1933 le château était mis en vente et acheté par un notaire dijonnais qui le revendit rapidement à la marquise de Rola Rosicki.
Etait-elle une aventurière ou réellement une marquise, à ce jour la question reste posée.
La marquise s’installa au château et remit en état les installations précédentes. A nouveau, comme à l’époque d’Emin Karam, les habitants de Chamblay et des environs y trouvèrent du travail. Ses extravagances atteignirent un comble pendant le court séjour qu’elle y fit peu de temps avant le 2ème guerre mondiale. La marquise eut un jour l’idée de faire des nœuds de ruban rose et de les attacher aux queues de ses vaches.
Mais tout a une fin, le château doit être vendu et devient la propriété du Dr Cartault d’Arbois qui y installe une maison de santé. La guerre est là et le château est réquisitionné par les Allemands.
Après-guerre, le comité d’entreprise de la firme Peugeot reprend l’ensemble pour les colonies de vacances destinées aux enfants des salariés de l’entreprise
Racheté en 1989 par Lucette et Martial Vuillemin, il abrite désormais deux structures différentes : l’une de réception et d’hébergement avec des prestations de haut de gamme, l’autre une maison de retraite privée.
La rétrospective du château ne saurait être complète sans l’évocation de la fameuse légende du Val d’Amour ; la voici grâce à un extrait d’un récit datant du XVIIIème siècle et repris par Horiot :
« (…) cinq ou six siècles en ça, vivoit à Clervent un riche homme de Bourgogne appelé Rinfroy. Les tourelles de son château se miroient dans le lac de la Lou. Il avait une fille unique, Euriette, qui étoit belle ! Cette jolie damoiselle aimait Loys, gent troubadour, fils du seigneur de Montbarrey. Rinfroy, qui étoit bizarre ne vouloit pas que sa fille épousat le pauvre Loys. Il la mit en dure prison malgré ses pleurs. Loys creusât un chêne à l’aide du feu et quand la lune étoit à son décours, il traversoit le lac guidé par un fanal qu’allumoit la nourrice d’Euriette.
Il baisoit la main de sa mie à travers les barreaux de la tour et revenoit à Montbarrey content de sa soirée. Mais sa boursette s’épuisât à payer la nourrice avaricieuse ; la maudite gogne souffla une nuit son cierge et le canot, mal dirigé, dévalât tout à fond. Loys se noyât tristement. »
Peu de jours après, Ringroy passât lui-même de vie à trépas, et sa fille, libre enfin, jura de retrouver son ami mort ou vif . Elle fit rompre à Perrecey la digue qui retenait les eaux du lac et l’on retrouva, en effet, à Chissey, où il avait chust, Loys tout défiguré. Euriette gardât de lui perpétuelle souvenance. Elle bastit la chapelle de Ounans, où elle fut inhumée à côté de son doux ami. »
Colette Foisy