UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - Les meubles d’Ounans


Jusqu’aux années 1950, les artisans –faiseurs de petits métiers, gagne-misère, camelots-forains- étaient nombreux dans les villages. Tout s’ébauchait, se transformait dans l’habileté de leurs mains, la connaissance et la maîtrise du métier. La vie des communautés était ainsi tissée. On se suffisait.

Au village d’Ounans, de 1789 à 1900, trois générations de la famille Blanc ont travaillé le bois. Depuis Jean-Etienne, charpentier, ses fils Anatoile, Jean-Philibert, Ignace ; et les petits-fils Jean-Marie, Marcel, Armand, Joseph, Albert et Auguste, ont instauré ainsi une véritable dynastie de menuisiers-tourneurs. L’atelier était situé quelques maisons après l’église, en direction de la rivière. Ce mobilier se rencontrait principalement dans les habitations du village d’Ounans. Quelques spécimens cependant ont été observés à Vaudrey, Montbarrey, Santans et Chissey. Singulière particularité, l’ensemble des mobiliers fabriqués par ces trois générations, sont en bois de chêne. On ne trouve jamais trace d’utilisation d’une autre essence de bois.

Pourquoi cette prédilection pour le chêne ? Est-ce pour mieux résister aux épreuves de la vie, du temps, et/ou tenir compte de l’exposition en lieux humides ?
On attribue deux types de mobilier aux menuisiers Blanc : l’armoire et la crédence :

L’armoire
Toujours typique comtoise, elle s’identifie par un montage spécial de deux corps ajustés, ce qui la rend facilement transportable. Armoire à deux portes et massive et fortement charpentée. Occasionnellement un tiroir en partie basse dont le devant finement ouvragé à l’image de la traverse haute, fait office de traverse basse.

Le buffet-crédence
C’est le meuble favori des habitats comtois, il était destiné au rangement de la vaisselle, du linge, éventuellement de victuailles et aux instruments de la vie domestique. Mobilier formé de deux corps, avec l’entre-deux un espace libre au milieu. L’élément est en retrait ce qui laisse aussi une place disponible servant de desserte. Deux petits placards ou armoirettes latérales à une porte encadrant parfois la niche centrale. Diversité dans cette production traditionnelle puisqu’on trouve des crédences à deux ou trois portes et tiroirs. Un remarquable spécimen est observé comportant trois portes en partie basse et quatre en haut, l’ensemble copieusement travaillé.

La crédence-dressoir
Ce mobilier est bien propre et unique au menuisier Blanc. Il apparaît qu’aucun autre mobilier régional ne possède tel article. C’est un modèle unique. La partie haute à deux ou trois portes surmonte la partie basse qui ne possède pas de portes, laissant ainsi facile accès à de larges rayons de chêne, sur lesquels viennent sécher et s’entrechoquer les bouilles, seaux et autres ustensiles laitiers.

Les décors rencontrés sont identiques sur armoires et crédences. Cependant on dénote que la « première période » des menuisiers Blanc se différencie de la simple appellation « mobilier de campagne ». Une forte influence du style Louis XV est présente dans le travail des portes, des montants, des faux-montants de la partie centrale, traverses haute et basse de la façade, pieds avant cambrés et corniche rectiligne à angles arrondis. Finement exécutées, moulures et sculptures adoucissent la forte corpulence de ces meubles. C’est grâce à la décoration florale stylisée avec une liberté d’expression que l’on va pouvoir reconnaître et authentifier un « Meuble d’Ounans ».
Tout réside dans le travail du rinceau d’ornementation des traverses haute et basse. C’est un panneau mouluré avec amorce de volutes plates et opposées de part et d’autre d’un motif central d’une composition florale champêtre finement exécutée, réunissant bleuets et pâquerettes à l’originale corolle-coquille, qui atteste la provenance de l’ouvrage : telle est l’estampille des menuisiers Blanc. Sur quelques rares spécimens, le motif floral est remplacé par une composition forestière : glands et fougères.

Les dernières productions des Blanc voient l’abandon du style Louis XV. Tout est traité avec plus de sobriété dans l’exécution et la décoration. Les lignes sont droites et les angles vifs. Toujours subsiste l’incontournable composition champêtre des traverses qui en atteste ainsi la provenance.
Depuis les années 1960, ces meubles ont acquis une certaine reconnaissance et appréciation pour quelques connaisseurs : antiquaires et collectionneurs. Ce mobilier, prisé, se rencontre parfois au hasard d’une vente, d’une succession.

Alors lecteurs, attardez la curiosité de votre œil pour déceler ce patrimoine qui subsiste, discret mais authentique.

Robert Francioli
N° 74, printemps 2005