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Histoire - Le Martinet 1846-1889


Voici une carte postale oblitérée en 1901 intitulée « le martinet ». Pourtant, il n’en est question ni chez A. Rousset en 1850, ni chez L.P. Horiot en 1899-1903. Les informations qui sont données ci-après proviennent des Archives Départementales.

Au sud-est du village, à proximité du Bel Air au lieu-dit « le Martinet », il y eut pendant plus de quarante ans, un martinet - appelé aussi taillanderie - fonctionnant grâce à la force motrice d’un canal d’amenée rejoignant la Larine.
Son installation se fit dans le moulin qui tournait encore lors des recensements de 1836 et 1841 (les meuniers étaient Joseph Pernet, puis Férréol Blanc) et qui figurait sur le cadastre napoléonien. La voie y conduisant s’appelait alors « rue du Moulin ». On peut le voir sur une ancienne carte postale oblitérée en 1901 (voir plus haut), ainsi que dans le tableau d’Isembart représentant Jean-Baptiste Jupille terrassant le chien enragé (mais chacun sait qu’un tableau n’est pas une photographie…).
La période où le martinet fonctionnait n’a permis son inscription sur aucun cadastre : il n’existait pas encore pour le cadastre napoléonien et plus pour le cadastre moderne. On le retrouve néanmoins sur un croquis à main levée réalisé en 1878.
De plus, les recensements de l’époque concernée, les annuaires du Jura de Désiré Monnier et de A. Melcot, le livre d’Adolphe Joanne intitulé Géographie du Jura (1876) permettent de confirmer l’existence de cet établissement.
La famille du taillandier Claude Panier était domiciliée rue du Moulin, dans le même bâtiment que le martinet, comme cela se passait fréquemment pour les moulins et pour d’autres industries ou manufactures.

Dans l’ordre chronologique des recensements et des divers annuaires jurassiens, nous trouvons :
1846 : Claude Panier, 38 ans, est taillandier et réside dans le martinet, rue du moulin ;
1851 : le même, toujours taillandier, abrite sous son toit un ouvrier taillandier : Eloy Paturot ;
1856 : Claude Panier, taillandier, n’a plus d’ouvrier à son domicile. Il a deux fils : Frédéric et Edouard ;
1861 : Claude, toujours taillandier, a un troisième fils : Ambroise ;
1866 : Claude a maintenant 58 ans et ses trois fils le secondent ;
1868 : Désiré Monnier dans son Annuaire, chapitre Activités Industrielles, cite le martinet Panier, sans précision de prénoms ;
1871 : c’est maintenant Frédéric, Ambroise et Edouard qui sont taillandiers ;
1876 : les trois frères travaillent toujours au martinet (l’appellation est différente : ils sont devenus des « martineurs ») ;
1881 : seul reste Edouard : il demeure et travaille au martinet ;
1886 : situation inchangée (dernier recensement où figure le taillandier) ;
1887, 1888, 1889 (Annuaire du Jura de A. Melcot, chef de division à la Préfecture du Jura) : le martinet existe toujours avec un Panier (sans précision de prénom) ;
Revenons aux recensements :
1889 : battoir à blé tenu par Panier (toujours sans précision de prénom) ;
1890 : il n’y a plus de taillandier rue du Moulin ;
1890 : battoir à blé tenu par Damelet.
(ce battoir à blé se trouvait certainement dans le martinet même, car A. Rousset, en 1853, évoque un « moulin à trois tournants avec huilerie et battoir à blé »).
1896 : rue du Moulin débaptisée, elle porte le nom de : rue du Martinet ;
1910 : démolition de la taillanderie.
M. Meyer (1860-1934), maire, dans son discours lors des obsèques de Frédéric Panier en mars 1929 dit : « (…) Je me souviens encore du temps où, enfant, le martinet m’attirait par le bruit des lourds marteaux aux longs manches massifs, qui dans ma naïveté du jeune âge, paraissaient des êtres mystérieux mus par une force inconnue et faisant jaillir un feu d’artifice d’étincelles en forgeant les armes du travail et de la Paix. Les grandes usines les ont réduits au silence, mais leur production n’a jamais pu atteindre les qualités si honnêtes des outils du martinet Panier. Et la roue qui les actionnait s’est immobilisée, cessant d’égrèner le chapelet des perles et des diamants de l’eau de la Larine (…).
En dehors de ces preuves écrites, il ne reste aucune trace matérielle de l’existence de cet établissement. Toutefois, il est possible que des outils fabriqués dans ce martinet (hache, coins de bûcheron, fossous) soient encore remisés au fond d’une grange, d’un grenier ou d’un atelier certainement estampillés de la marque de leur fabricant « Panier », comme cela se faisait à cette époque.