UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - La verrerie de la Vieille-Loye


La Vieille Verrière, alors située au bord du ruisseau de Parfombief qui conflue avec la Clauge, à 3 km en aval du village de La Vieille Loye, existe depuis le XIIIème siècle. En 1332, elle est dirigée par Hugues de Vannans. Après une interruption, elle est reprise, en 1364, par Perrenot le verrier, puis par ses fils après 1367. Les guerres de Jean de Chalon et le feu ruinent l'entreprise. Après une longue inactivité, elle renaît en 1420, avec Jean et Husson Bonnet, puis en 1430 avec Phelizot Pani et Jehan le Baigue. Les fils de ce dernier lui succèdent en 1482. En 1506, Marguerite de Bourgogne confirme la concession dans la forêt de Chaux.
En 1630, les souverains francs-comtois octroient des brevets de gentilshommes aux maîtres verriers, qui jouissent dès lors des privilèges de la noblesse, dont le droit au port de l’épée. En 1636, la Vieille Verrière est détruite par les troupes françaises, au cours du siège de Dole.
En 1648, le gentilhomme Constantin Duraquet sollicite l'amodiation, pour 12 ans, de la seigneurie de Santans afin d'y établir une verrerie et une tuilerie qui sont incendiées en 1660.
Le 20 février 1674, la nouvelle verrerie de La Vieille Loye est reconstruite sur son emplacement actuel, au Grand Buisson, par Hercule Duraquet de Lorme, le frère de Constantin. En 1719 le feu détruit partiellement les installations. Le 8 août 1724, un arrêt du Conseil d’État prononce l’interdiction de l'établissement ; cependant, la Maîtrise des Eaux et Forêts de Dole, laisse subsister la verrerie jusqu'en 1733. Le 28 septembre 1737 l’usine connaît un regain d'activité lorsqu’elle est reprise par Jacques Charles Dorlodot de Préville, qui érige la maison d’habitation. En 1808 la verrerie est rachetée par le sieur Rebatu, puis revendue en 1830 à un certain Carré, pour être cédée en 1840 à monsieur de Mondragon. De 1842 à 1845, compte tenu du prix élevé du bois, l’exploitation est fort médiocre sous la direction du sieur Bouchet. En 1845, un Parisien, J. Tumbeuf, met en place Philippe Neveu à la direction de l’usine. Dès lors la verrerie prend un nouvel essor. En 1885, Émile Neveu prend la direction des affaires jusqu'en 1914 où l’usine ferme. En 1919, Bigault du Grandrut est l'ultime propriétaire de la verrerie. La fabrication des bouteilles champenoises se poursuit jusqu’à la cessation de toute activité, en 1931.
Le fonctionnement de la verrerie nécessite des sables siliceux, provenant de Fontainebleau et de Belmont, et des sables calcaires acheminés depuis Meursault et Santenay. Il faut également du carbonate de soude, du sulfate de soude, et du bicarbonate de potasse, utilisé pour obtenir le vert foncé des bouteilles champenoises. Avant les progrès de la chimie, la cendre de fougères remplace la potasse pour abaisser le point de fusion du verre et maintenir son état pâteux plus longtemps.
La technique a peu évolué au fil des siècles. Les sables sont chauffés jusqu’à leur fusion dans des fours à pots, auxquels succèdent dès 1730 de plus modernes fours à bassins, utilisés jusqu’en 1884. Après des heures de chauffage des fours, le responsable, surveillant de près la fabrication de la pâte, hèle les verriers à l’aide d’un porte-voix, pour cueillir le verre. Le gamin, ou cueilleur, prélève par l'ouvreau (un petit regard ménagé dans le four), au moyen d’une canne creuse (en acier de Suède), la quantité de pâte de verre nécessaire à la confection d’une bouteille. Cette canne est passée au grand garçon, qui ébauche cette pâte de verre sur le marbre (une plaque d’acier). Puis le souffleur, alors dénommé le père, s’époumone ensuite, en tournant la canne, afin de donner une forme à la bouteille dans un creuset en terre réfractaire, remplacé plus tard par les moules en bronze, puis par les moules mécaniques. Un jeune verrier reprend cette bouteille de forme rustique, pour former le goulot, par adjonction d’un fil de verre en fusion. Le porteur se saisit de la bouteille terminée pour la placer, durant 4 à 5 jours, dans un four à 600°C.
Un « tableau de l’emploi du temps des ouvriers et du roulement des équipes» 1 est rédigé le 1er juin 1900 par le sieur Lacroix, commis d'Émile Neveu. Le personnel verrier et les arrangeurs travaillent de 1h15 à midi, avec des interruptions de 5h30 à 6h00 et de 9h00 à 9h30. Les fondeurs, les aides fondeurs, les gaziers et aides gaziers, sont présents de minuit à midi, avec

des repos de 6h00 à 7h00 ou de 7h00 à 8h00. Les tamiseurs et les porteurs d’eau travaillent de minuit à midi, avec de fréquentes plages de repos. Les ouvriers d’atelier et les manœuvres sont employés en hiver de 7h00 à 16h30, avec des pauses de 8h00 à 8h20 et de midi à 13h00. En été, ils sont présents de 5h30 à 19h30, avec des repos de 7h30 à 8h00, de midi à 13h15 et de 16h00 à 16h30.
Le 1er juin 1900, Émile Neveu transmet à l'administration le nom des ouvriers de moins de 18 ans2. Les gamins : Francis Vacheret, Émile Chevriaux, Joseph Vautrot, Léon Parraud et Auguste Thibert.
Les porteurs : Auguste Guyot, Auguste Déjeux, Edmond Sintot, Charles Calinon, Joseph Calinon, Maxime Déjeux, Claude Laprivée, Charles Ballet, Jules Calinon.
Le 7 septembre 1900, Émile Neveu, écrit au maire de Chamblay : « Nous vous prions de vouloir bien remplir à la première page du livret que nous vous adressons sous pli séparé, l’état civil du jeune Alfred Bonapétit, né à Chamblay le 9 octobre 1888 et nous retourner ce livret sous l’enveloppe ci-jointe 3».
Le 18 septembre 1901, une liste4 fait référence au repos hebdomadaire obligatoire des ouvriers de moins de 18 ans.
Une première équipe est constituée des gamins : Edmond Sintot, Joseph Richard et Auguste Guyot, et des porteurs : Maurice Jacquot, Arthur Sintot, Louis Calinon, Jules Richard et Alfred Bruet.
L'autre équipe est composée des gamins : Charles Calinon et Auguste Déjeux, et des porteurs : Hippolyte Dubuc, Joseph Calinon, Jules Calinon, François Mignot et Charles Baluet.
On cite également un porteur relais du nom de Debrand Bonapétit.

1, 2, 3, 4 : Archives Municipales de Dole - Médiathèque - Archives de la verrerie de La Vieille Loye - Dépôt appartenant à la famille Bienmiller.
(*) Iconographie familiale de Mme Jacqueline Monnier - Dole - fille du dernier comptable de la verrerie de La Vieille Loye.

Jean Claude Charnoz
Canard n° 74, printemps 2005