UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - La motte féodale de Villers-Farlay


Sur cette vue aérienne prise d’un parapente à la fin de l’été 2008, on a une vue très précise des vestiges de la motte féodale entourée de son double fossé. Elle se trouve à mi-distance de l’extrémité de la rue des Sources et de la route de Villeneuve d’Aval (avant le virage). Les fossés étaient-ils alimentés grâce aux nombreuses sources que l’on trouve à cet endroit ? C’est une possibilité.
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Les historiens se sont penchés sur son existence. Voici ce qu’en dit Rousset dans son dictionnaire des communes du Jura (1853) : « (…) A l’extrémité sud de Villers-Farlay existe une motte circulaire de 140 mètres de diamètre qu’entoure une double ceinture de fossés aujourd’hui à peu près comblés et séparés par un rempart en terre. Cette éminence, appelée le château Paillard, est couverte de débris de construction. Sur celle-ci s’élevait jadis un château, construit pour protéger le pays des ravages des Normands et dont Jean de Chalon, comte d’Auxerre et sire de Rochefort, acquit moitié, en mars 1280, de Huguenin de Villers-Farlay (…) Plusieurs archéologues ont cru reconnaître dans la motte du château une castramétation romaine. Ce château dont Jean de Chalon-Auxerre acquit moitié en 1280 parait avoir été détruit au XVème siècle par les troupes de Louis XI (…) ».

On trouve d’autres mottes castrales dans le Val d’Amour : à Montbarrey, Germigney, Chatelay, La Loye, Goux, Souvans, Belmont, Augerans, Nevy-les-Dole, La Vieille Loye etc. Arc et Senans également en possède une : le Chateau Rouillaud était construit dessus et a été incendié en 1637 lors de la guerre de Dix ans. La motte et les fossés existent toujours comme le lieu dit (photo ci-contre).

Un peu d’histoire :
La motte castrale est un ouvrage de défense médiéval composé d'un rehaussement important de terre rapportée et tassée, de forme circulaire, la motte, au sommet de laquelle est édifiée une tour de bois ayant fonction de donjon. La motte est considérée comme le précurseur du château fort.
Longtemps on a attribué à toute élévation artificielle de terre, le nom de « motte » quelles que soient la forme et l'utilisation ancienne de l'objet. Depuis une trentaine d'années, sous l'impulsion de chercheurs (historiens ou archéologues), les mottes castrales ont cessé d'être une « curiosité d'antiquaires pour devenir un véritable objet de recherche scientifique ».

Les mottes castrales, simples et rapides à construire, permettaient de répondre aux enjeux militaires des IXème et Xème siècles : contrer les raids de pillage menés par des troupes peu nombreuses et très mobiles. Bien évidemment elles étaient moins efficaces face à des armées nombreuses ayant le temps d'organiser un siège. L'usage de machines de siège est en effet déjà connu à l'époque, même si leur efficacité est probablement limitée. Machines, béliers et échelades sont employés, mais la principale vulnérabilité de ces édifices en bois réside dans le manque de résistance du matériau face au feu allumé, soit par contact direct soit par des projectiles. Cette vulnérabilité au feu est un des points qui conduisent à la généralisation des châteaux de pierre à la fin du XIIème siècle.

Dans ces temps incertains d'invasions et de guerres privées continuelles, des habitations viennent s'agglutiner à proximité du château ce qui légitime le châtelain et son exercice du ban seigneurial. Il peut imposer taxes, péages, corvées, banalités (usage imposé d'équipements seigneuriaux à titre onéreux : fours, moulins...) levés par ses sergents. En échange, les vivres engrangés au château pourvoient à la survie des manants réfugiés entre ses murs en cas de pillage. Avec l'affaiblissement de l'autorité royale et comtale, les ambitions personnelles se dévoilent, engendrant convoitises et contestations. Les tentatives d'imposer le droit de ban aux marges du territoire contrôlé, et les conflits de succession dus à l'instauration récente du droit d'aînesse, dégénèrent régulièrement en guerres privées, dont pâtit en premier lieu la population rurale.

Les mottes castrales – comme leur nom l'indique — sont désormais assimilées aux châteaux. Dans une première période, le château a changé de vocation puisqu'il ne s'agit plus d'un simple retranchement défensif comme on en a construit au cours du haut Moyen Âge. À partir du Xème siècle, il répond toujours en premier lieu à la fonction défensive mais devient progressivement « la résidence fortifiée d'un puissant et de son entourage ». À ces deux usages, s’ajoute l'aspect symbolique. En effet, l'architecture et le décor contribuent à « mettre en évidence la classe aristocratique et son rôle dans la société ». Autrement dit le château de l'an mil remplit trois fonctions : la résidence seigneuriale, la défense (naturelle ou passive) et enfin le symbolisme culturel et social.

Évolution vers le château fort
Le bois est, au début du Moyen Âge, le principal combustible et matériau de construction, disponible aisément à proximité immédiate et facile à transporter par flottage. Au XIIIème, le bois se raréfie et se renchérit du fait des défrichages intensifs réalisés en Occident depuis le Xème siècle. D'autre part, la forêt menace de ne plus remplir son rôle nourricier pour la population, et de terrain de chasse pour la noblesse. Les autorités prennent donc des mesures pour mieux contrôler les défrichages, ce qui contribue encore à augmenter les prix. Le renchérissement du bois conduit à une utilisation plus systématique de la pierre pour la construction, et du charbon comme combustible industriel.

Un patrimoine menacé
Rares sont les sites ayant fait l'objet d'une inscription ou d'un classement au titre des Monuments Historiques. Les vestiges de mottes castrales sont souvent dédaignés par les communes ou considérés comme gênants pour l'aménagement par les propriétaires des terrains les accueillant. Pour cette dernière raison, certains ont été détruits, malgré la loi du 15 juillet 1980 interdisant la destruction de tout site archéologique. Ailleurs, les labours érodent progressivement les micro-reliefs des remparts de terre, les fossés sont comblés par des apports importants de matériaux. Dans les milieux boisés, les travaux forestiers modernes peuvent se révéler destructeurs. Quant aux fouilles clandestines, pourtant interdites par la loi du 27 septembre 1941 réglementant les sondages, elles perturbent ou saccagent les niveaux archéologiques.
Seules la protection légale et/ou une sensibilisation du public permettent d'éviter ces menaces. Certaines mottes, sont non seulement sauvées, mais aussi mises en valeur par une restauration légère et la mise en place de panneaux didactiques.

Colette Foisy
Canard n° 90, printemps 2009

Sources :
Dictionnaire des communes du Jura d’Alphonse Rousset.
Horiot.  Internet.