UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Métiers d'autrefois - Le jour de lessive (Lou jour de lo buée)


La journée de la lessive était importante et épuisante pour les femmes.
On lavait ce jour-là le gros linge c'est-à-dire les draps (grands, les draps, et il en existait encore d’épais, râpeux à la peau, en chanvre), les taies d’oreillers, les taies de traversins, les essuie-mains, les torchons de cuisine, les serviettes de toilettes, de table, le linge de corps, les mouchoirs, etc …
La lessiveuse était installée sur un vieux fourneau à quatre trous où était entretenu un feu vif avec de la charbonnette.
Après avoir été savonné sur la planche à laver, le linge était disposé dans la lessiveuse. Au fond, l’eau. Ensuite une couche de cendre (celle conservée lors de la cuisson du pain au four), une couche de linge et ainsi de suite jusqu'au remplissage de la lessiveuse. Et l'on tassait. Des cristaux de soude et des boules bleues étaient ajoutés pour une blancheur immaculée. L’eau chauffait rapidement. Elle atteignait l’ébullition et montait dans le diffuseur (une espèce de tube en fer blanc placé à la verticale dans la lessiveuse et terminé par le champignon). Du champignon, perforé sur son pourtour, l’eau bouillante aspergeait le haut du contenu de la lessiveuse et traversait les couches de linge.
De temps à autre, grâce au robinet situé en bas de la lessiveuse, ma mère vidangeait de lessus à l’aide d’un pot à anse et le reversait, bouillant, au dessus du linge.
Une épaisse vapeur, oppressante, étouffante, odorante, s’en dégageait. Heureusement l’opération se déroulait dehors ! Il faisait toujours beau, car on avait attendu, pour un séchage rapide que le soleil s’installe pour quelques jours.
Les enfants étaient tenus à l’écart, les parents craignant qu’une bousculade ou un geste malencontreux vienne à précipiter la lessiveuse et son contenu bouillant sur eux. Remarquons au passage que beaucoup de prudence accompagnait la plupart des besognes et les enfants étaient surveillés étroitement, voire écartés lorsqu’il y avait un danger potentiel pour eux.
Ensuite l’opération délicate : le linge bouillant était sorti à l’aide d’une perche en bois, pièce par pièce, puis plongé dans une ronde d’eau. Le rinçage commençait en changeant l’eau plusieurs fois. Ma mère restait sur place pour l’opération. D’autres femmes préféraient se rendre au lavoir du bas de Villers, ou encore au ruisseau des Vernes au coin d’Amont où l’eau courait vive et claire.
Enfin le linge était épinglé sur l’étendoir fait de fils de fer galvanisé ou carrément disposé sur l’herbe pour les grandes pièces. Une fois sec, il était plié soigneusement en l’attente du repassage qui se ferait un jour de pluie avec le gros fer en fonte à réserve de braises.

Colette Foisy