Personnage célèbre - Jeanne LANTERNIER

À Châtelay, chacun connaît l’histoire, tragique et belle à la fois, de Jeanne Lanternier, si bien relatée par M. Denis Boiteux.
Le père de Jeanne Lanternier, Jean, qui exerçait la profession de pignard (tisserand nomade, peigneur de chanvre), poussé par la misère et le malheur qui s’abattait sur lui après l’incendie de sa modeste demeure et la perte de tout son cheptel, partit de Châtelay, en 1832, pour l’Algérie où tous les espoirs de faire fortune étaient permis selon la rumeur publique.

Il était accompagné, pour cette aventure, de son épouse Sophie Moraux et des cinq enfants qui lui restaient, une de ses cinq filles, Anne Claude, étant décédée en 1830, âgée de trois ans et demi. La famille s’établit à Delhy Ibrahim qui se trouve à environ 10 kilomètres d’Alger sur la route du Sahel ; Delhy Ibrahim était un des premiers villages créés en 1832 par des Alsaciens-Lorrains et probablement par des jurassiens.

Capturée avec toute sa famille en 1836 par une bande de pillards, elle fut livrée à Abd El Khader ; elle aurait été ensuite emmenée au Maroc, à Fez, pour être cédée au Sultan Mouley Er-Rahman qui l’aurait lui-même offerte à son fils Mouley Sidi Mohamed.
Jeanne Lanternier devint favorite, épouse légitime puis enfin Sultane du Maroc lorsque, en 1859, Mouley Sidi Mohamed accède au trône ; elle lui aurait donné un fils.

On pourrait imaginer d‘ailleurs, que Jeanne ait croisé, à la cour du Sultan, l’illustre peintre français, Eugène Delacroix dont le tableau « le Sultan du Maroc » a été peint en 1845 ?
L’aventure algérienne de la France avait débuté le 25 mai 1930 lorsque les troupes françaises furent embarquées (350 bateaux transportant 37000 hommes), sous le fallacieux prétexte d’aller venger le Consul de France, que le dey d’Alger avait chassé de trois coups de chasse-mouches le 30 avril 1827. Alger est conquise le 5 juillet 1830 mais au prix de 415 tués et 2160 blessés dans l’Armée et les maladies font le reste : 34 officiers et 600 soldats succombent dans les hôpitaux. On connaît la suite de l’histoire…

Il serait intéressant de consulter les registres d’embarquement des navires à destination de l’Algérie durant ces périodes, afin de savoir combien d’autres habitants de Châtelay, ou du Val d’Amour, acceptèrent de s’expatrier vers l’Afrique lointaine (*).
Nous sommes toutefois certains que quatre d’entre eux, natifs de Châtelay, connurent sur place un destin tragique succombant à la maladie :
- Le 21 janvier 1846, Extrait mortuaire d’Algérie, hôpital militaire de Mustapha :
Chazerans Etienne, fils de Chazerans Etienne et d’Anne Boilley, cultivateur, civil, européen, âgé de 22 ans, né à Châtelay, canton du Jura décédé par suite de pneumonie et hépatite chroniques.
- Le 26 novembre 1846 - Extrait mortuaire d’Afrique, hôpital d’Oran :
Le Sieur Lanternier Joseph, 2e classe à la Compagnie temporaire du 2° Escadron du train des équipages militaires, né le 24 septembre 1819 à Châtelay, fils de Lanterier Louis et de Marie Françoise Barreaud est décédé par suite de dysenterie.
- Le 22 décembre 1846 – Extrait mortuaire d’Afrique. Hôpital de Douéra.

Le Sieur Barraud Anatoile, né le 26 frimaire de l’an 12, fils de Barraud François et de Barbe Simon est décédé de dysenterie chronique.
- Le 18 octobre 1858, le Service des Hôpitaux de Mostaganem des Armées d’Afrique signale le décès de Goulut Claude François, né le 10 avril 1807 à Châtelay, canton du Jura, (en vérité à Montbarrey), fils de Goulut Jean et de Christine Simon, est décédé de dysenterie.

(*) Plusieurs familles de Châtelay et des villages avoisinants semblent avoir pris le chemin de l’Algérie à cette époque ; on relève en effet dans les registres de naissances, mariages ou décès de Delhy Ibrahim, les patronymes Baudier, Ogier, Moreaux, Pelletier, Cornud Goulut, Barreaud, etc…
Menées par M. Denis Boiteux de Châtelay et moi-même, des recherches approfondies sont actuellement en cours tant aux Service des Archives Départementales du Jura, au Centre des Archives d’Outre Mer d’Aix en Provence qu’au Maroc même. Nous ne manquerons pas de vous tenir informés des résultats obtenus.

Rémy Démoly
Un Canard sur la Loue n° 73, Hiver 2004