Nature : Le grand tétras

Depuis environ 30 ans, Un Canard sur la Loue suit le fil des saisons : chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver. Sa couverture est en couleurs et présente une photo du Val d’Amour. L’intérieur est en noir et blanc avec des illustrations.

Son comité de rédaction fort d’une douzaine de membres avec un noyau dur de six rédacteurs réguliers, effectue des recherches, des interviews, des rencontres pour donner une information sérieuse sur des sujets qui tournent autour de la nature (faune et flore), de l’histoire locale, du patrimoine (naturel et bâti) et du tissu économique avec la présentation d’une entreprise.

Il est financièrement autonome grâce à ses propres ressources : abonnements et ventes au numéro dans une dizaine de commerces du Val d’Amour. Il ne bénéficie d’aucune aide extérieure, ce qui lui permet une totale liberté pour le choix et le traitement des sujets présentés.

Le massif du Jura détient une perle rare « le grand coq noir » autrement dit le grand tétras. Hélas, son existence semble vouée à l’extinction. L’interdiction de chasse de ce bel oiseau depuis 1974 n’a pas empêché la raréfaction de l’espèce probablement parce que notre environnement se détériore. S’il en est ainsi, notre vie, elle aussi, est peut-être en danger.



Le grand tétras est le plus gros gallinacé d’Europe, pesant jusqu’à 5 kg pour le mâle et 3,5 kg pour la femelle. Il existe sept sous-espèces différentes. Deux sous-espèces habitent en France : tetrao urogallus major dans les Vosges et le Jura et tetrai urogallus aquitanicus dans les Pyrénées. Le mâle plus gros que la femelle, arbore un plumage noir, avec des reflets métalliques bleu-vert sur le plastron. Il présente sur ses ailes, à hauteur des épaules une tache blanche arrondie. La femelle possède un plumage aux teintes brun-roux, barré de noir et de blanc.

Il est très bien adapté aux hivers rigoureux. Toutes les plumes de son corps sont doublées de duvet lui assurant une excellente isolation thermique. Du fait de sa grande taille, cet oiseau se déplace essentiellement en marchant. Ses pattes puissantes de bon marcheur lui vaut le surnom en Ecosse de « Cheval des Forêts ». Pourvues de peignes cornés en hiver, elles jouent le rôle de raquette à neige. Sédentaire, il occupe un territoire de 20 à 160 hectares et y reste fidèle toute sa vie.

En hiver

Dès que la neige recouvre la sol, le grand tétras vit dans les arbres. Son unique nourriture disponible durant cette saison est les aiguilles des résineux. Cette nourriture bien qu’abondante est peu énergétique. Il est donc contraint d’économiser au maximum son énergie et de minimiser ses déplacements à quelques hectares seulement. Pour cette raison, il a besoin du plus grand calme. Des dérangements successifs engendrent des dépenses énergétiques considérables et non renouvelables. Il devient alors une proie facile pour les prédateurs et ne dispose plus d’énergie suffisante pour commencer la saison de reproduction.

Au printemps

Avec l’apparition de nouvelles sources de nourriture, la saison des amours approche. Les bourgeons de hêtre vont procurer au grand tétras l’énergie pour commencer les parades. Tous les coqs vont se rejoindre chaque jour sur la place de chant pour les parades nuptiales. La place de chant ou arène, se trouve en général au centre des meilleurs secteurs d’hivernage des coqs et des sites de nidification des poules.

En été

Marcheur invétéré et peu adapté au vol, il investit un vaste domaine dès les beaux jours. Il vit toute la journée au sol, se camouflant dans les hautes herbes et les buissons d’où il jaillira en vol s’il ne peut s’enfuir à pied. Le soir, il se perche dans les feuillus pour s’abriter du renard et de la martre. Les poules guident leurs nichées vers des espaces de forêts pas trop accidentés et riches d’herbes. Les poussins y trouvent les insectes, les graines et fleurs leur permettant de grossir rapidement (2kg en 3 mois pour un jeune mâle !). Jeunes et adultes ses déplacent vers les champs de framboises et de myrtilles pour s’en gaver. Ils n’hésitent pas aussi de grappiller : sorbes, baies d’églantiers, faines et céréales.

En automne

C’est la belle saison pour le grand tétras puisque quantité de baies sauvages sont à sa disposition. Il profite de cette abondance pour accumuler des réserves avant l’hiver. C’est également le moment pour les jeunes de trouver un territoire pour s’installer.

Exclusivement sylvicole, il habite de vieilles forêts présentant des caractéristiques proches des forêts :
- Vivant naturellement à de faibles densités de population, une étendue de plusieurs milliers d’hectares boisés est nécessaire à l’établissement de la structure sociale et aux échanges génétiques de l’espèce.
- Des forêts claires (recouvrement de futaie intérieur à 70%) permettant à la lumière d’arriver au sol et de favoriser le développement de la strate herbacée, en particulier de la myrtille, clé de sa survie. De telles forêts le protègent contre les prédateurs en voyant le danger avant d’être vu.
- La présence de résineux est nécessaire. C’est l’unique nourriture d’hivernage.
- Un mélange d’arbres de différentes tailles et essences permet des déplacements en vol ou à pied discrets.
- Un sous étage arbustif de moins de 40 % de recouvrement au sol avec de nombreuses zones en clairière permet un camouflage aisé des nichées.
- Des forêts calmes à l’abri des activités humaines où les oiseaux peuvent hiverner et élever leurs jeunes.

Rarement observé et très discret, le grand tétras est un emblème du Haut Jura. Son image est souvent utilisée pour symboliser le côté naturel et sauvage d’un lieu. C’est une espèce à haute valeur patrimoniale qui a colonisé l’Europe de l’ouest durant la dernière glaciation. Il est probablement l’espèce la plus sensible aux caractéristiques naturelles de la forêt et par conséquence il est parmi les premières espèces à disparaître quand ces caractéristiques s’effacent. On peut alors parler d’une espèce indicatrice qui mesure la naturalité ou l’intégrité de nos forêts.
 
Toutes les actions mises en place en faveur du grand tétras bénéficient à tout un cortège d’autres espèces rares, tels que la gélinotte des bois, la bécasse, la chouette chevêche, la chouette de tengmalm, ou le pic tridactyle. A ce titre, le grand tétras est considéré comme une espèce parapluie, gage d’une biodiversité importante. Le sauver c’est veiller au respect de notre forêt et à tout un cortège d’espèces rares.

Le grand tétras est présent de la Scandinavie à la Sibérie. Bien que la tendance soit à la diminution des effectifs, la conservation de la population européenne de grand tétras est non prioritaire (liste rouge de l’Union mondiale pour la nature de 2004). Au niveau national, elle est classée « espèce en déclin dont la conservation mérite une attention particulière » par la Société d’études ornithologique de France.

Les Vosges accueillent aujourd’hui une population estimée à une centaine d’individus sur une aire de répartition de plus en plus morcelée (liste rouge des oiseaux nicheurs d’Alsace 2003 : en danger d’extinction).

Le Parc national des Cévennes a lancé en 1978 un programme de réintroduction de l’espèce durant lequel environ six individus ont été relâchés. La population actuelle est estimée à environ 40 oiseaux.

Le grand tétras a complètement disparu du massif Alpin depuis les année 2000.

Les Pyrénées abritent la plus importante population de grand tétras de la France. Une étude de 2004 a permis d’estimer la population totale à 4000-6000 individus sur l’ensemble de la chaîne franco-espagnole. Néanmoins cette population a subi au cours des 12 dernières années une diminution importante d’environ 25% de ses effectifs.

Dans le Jura l’espèce est présente sur l’ensemble de la chaîne jurassienne de Bellegarde à Pontarlier. Elle occupe la moitié des massifs forestiers de plus de 1 100m d’altitude. Elle subit cependant un fort déclin depuis les années 1960. Elle est classée sur la « liste rouge régionale de Franche Comté ».

La population de grand tétras fait l’objet de suivis annuels durant la période du chant selon des protocoles scientifiques rigoureux qui permettent d’évaluer la tendance d’évolution de la population. La technique suivie sur l’ensemble du massif jurassien est la méthode de suivi au chant par affût.
Ainsi il a été observé une chute de plus de 50% des effectifs des coqs chanteurs depuis 1991. Une légère remontée des effectifs est observée depuis 2005 plus particulièrement sur le département du Doubs.

Evolution globale des effectifs. Aucune méthode ne permet à ce jour un dénombrement direct de la population totale d’un massif. L’effectif est estimé en croisant deux types de suivis : les prospections hivernales et des suivis au chant.

En 1960, un recensement sur notre massif évalue la population à 700 individus. En 1995, le projet « Life tétraonidés » piloté par le groupe Tétras Jura établit une carte précise de la répartition de la population et l’estime à 450 oiseaux. Aujourd’hui, la réactualisation de la cartographie globale du massif du Jura est en cours. La population actuelle est estimée à 300 individus environ. Depuis 1995 certains massifs périphériques peu peuplés ont été désertés par l’espèce. D’autres massifs plus importants ont vu leur aire de présence du grand tétras diminuer au cours des dernière années..

La prédation sur les pontes et les jeunes de grand tétras par la martre et le renard est le facteur principal limitant la reproduction. Le sanglier, en densité importante est de plus en plus accusé d’être un redoutable prédateur des pontes et des jeunes poussins sans toutefois qu’il puisse être avancé de preuves scientifiques. A cela s’ajoute la prédation des rapaces et des mammifères sur les adultes.

Les infrastructures et la fréquentation touristique. L’implantation des domaines skiables alpins ou nordiques est à l’origine d’une perte importante des habitats favorables, voire une extinction locale des effectifs de grand tétras. La voirie forestière et pastorale est souvent associée à cette régression, de même que l’intensification de la sylviculture et la pression de la chasse. Les activités touristiques estivales (randonnée, vélo tout terrain…) semblent moins préjudiciables si la fréquentation est modérée et canalisée.

Les conditions météorologiques durant la période de reproduction influent fortement sur son succès. Les récents changements des conditions atmosphériques observés par la Météorologie nationale dans le Jura coïncide avec une diminution significative de la reproduction de l’espèce. Le même phénomène a été observé en Ecosse.

Protection de l’espèce
Au niveau européen : le grand tétras figure à l’annexe I de la Directive « Oiseaux » du 2 avril 1979 et à l’annexe III de la Convention de Berne « conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe » du 19 septembre 1979.
Au niveau national . La sous-espèce major est protégée dans le nord-est de la France depuis 1985. Elle n’est plus chassée dans le massif du Jura depuis 1974. La sous-espèce aquitanicus, présente dans les Pyrénées, est chassable : seul le tir du coq adulte et du jeune coq maillé est autorisé.
Dans le jura. Les APPB (arrêtés préfectoraux de protection du biotope) définissent de Réserve Naturelle de la Haute Chaîne du Jura qui est constituée de quatre zones de protection mises en place en 1992 sur ce département. Un comité de gestion chargé de l’application et du suivi a été constitué.


A une époque où les loisirs et l’appel du grand air sont devenus comme jamais indispensables à l’équilibre psychologique des humains, la faune et la flore sont les premières à souffrir des transformations de notre société. Les oiseaux semblent être parmi les espèces de la faune les plus touchés. Leurs effectifs sont en régression pratiquement partout sauf quelques rares exceptions. Les tétras s’avèrent particulièrement incompatibles avec le monde moderne et ne semblent pas « peser lourd » face aux intérêts économiques. Le futur nous offre le choix entre une planète triste, sans chant d’oiseaux, bruissements de vie, senteurs glanées par la brise et une planète normalisée, débarrassée de sa forêt primitive devenue terre à béton et à asphalte et envahie du bruit des moteurs. Beaucoup d’efforts sont déployés de nos jours par des passionnés attachés à sauvegarder ce qui peut l’être encore. Souhaitons que la voix de la raison triomphe.
Paul Sasso

Bibliographie : Le grand coq de bruyère de Bernard Prêtre, édition Cabédita 2008

Vidéo : Le Jura ↓




Le Lorem Ipsum est simplement du faux texte employé dans la composition et la mise en page avant impression. Le Lorem Ipsum est le faux texte standard de l'imprimerie depuis les années 1500, quand un peintre anonyme assembla ensemble des morceaux de texte pour réaliser un livre spécimen de polices de texte.

Autre titre...

Le Lorem Ipsum est simplement du faux texte employé dans la composition et la mise en page avant impression. Le Lorem Ipsum est le faux texte standard de l'imprimerie depuis les années 1500, quand un peintre anonyme assembla ensemble des morceaux de texte pour réaliser un livre spécimen de polices de texte.