UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - École libre de Villers-Farlay


Sa construction, financée par M. Doroz, fut réalisée en 1883. L’enseignement y était donné par des institutrices laïques jusqu’à ce que quatre religieuses de l’Ordre des Filles de la Foi s’y installent le 17 septembre 1922.
Elles arrivaient de l’école libre d’Arbois. Il s’agissait de sœur Marie de St-Jean, sœur Marie-Bernard, sœur Thèrèse-Jehanne et sœur Thèrèse de l’Enfant Jésus.

Dans un livre intitulé « Marie-Bernard André (1884-1964) », l’établissement de Villers-Farlay est ainsi décrit par Sœur Marie de Saint-Jean venue en éclaireur : « (…) la maison était séparée de la route par une cour bordée d’une haie, ombragée de peupliers dont les feuilles tremblaient au moindre souffle. Derrière la maison se trouvait un jardin précédé d’un petit tertre de verdure où trois pommiers en fleurs semblaient (…) nous attendre ». Et plus loin : « Dans la maison, une petite pièce sans bancs ni chaises nous tenait lieu d’oratoire pour l’Office. Il y avait aussi un dispensaire, mais dépourvu de tout instrument.
Cette pauvreté stimula notre esprit d’invention. Sœur Marie-Bernard faisait le soir des écritures pour des fonctionnaires ; ce travail n’était guère payé, mais c’était mieux que rien. D’autres entreprirent des travaux de couture, vendus en magasin dans quelque ville voisine ; nous nous faisions aider par des jeunes filles qui, devenant habiles à tirer l’aiguille, gagnaient un peu d’argent et restaient au pays au lieu de s’en aller à Paris. Nous fabriquions aussi des poupées bourrées de son pour le compte des bazars.

Chacune s’ingéniait du mieux qu’elle pouvait, mais le résultat était précaire. Il nous arriva même de faire un détour pour éviter de passer devant le boulanger quand nous n’avions pas de quoi payer le pain de la semaine.
Avec le printemps, l’idée me vint d’utiliser la flore abondante et variée des vastes plaines de Villers (…). On apprenait aux enfants à connaître diverses plantes (…). Quand fleurs et feuilles avaient séché, nous les portions en pharmacie. La vente de ces plantes médicinales nous permit d’acheter des chaises pour l’oratoire et de pourvoir le dispensaire ».

Au cours de l’année suivant leur arrivée, le nom de Filles de la Foi fut remplacé par celui de Dominicaines Missionnaires des Campagnes.
L’établissement accueillant des novices s’avérait trop étroit. Après de multiples recherches, une solution était trouvée en 1932 avec l’achat à Champagne-sur-Loue d’une propriété appartenant au général de Vaulgrenant où les quatre religieuses s’installaient.
À Villers-Farlay, la congrégation avait un effectif stable ; il était composé d’une mère supérieure, de trois sœurs et d’une novice.

Outre l’enseignement scolaire, les sœurs s’occupaient également de l’église, du patronage et l’une d’elles, sœur Marie-Jourdain, infirmière diplômée d’Etat, dispensait les soins aux malades (elle donnait également des cours de piano).
L’activité était intense avec une soixantaine d’élèves de Villers-Farlay et d’Ecleux. Des séances théâtrales en hiver, une kermesse avant les grandes vacances d’été (qui attirait les habitants des villages environnants) faisaient de cet établissement situé au centre du village un lieu de rencontre et d’échange qui n’a pas été oublié par les autochtones.

Conséquence de la raréfaction des vocations, en 1965 les religieuses quittaient le village pour rejoindre l’établissement de Champagne-sur-Loue. L’enseignement fut alors confié à des institutrices laïques pour quelques années encore, puis l’institution ferma définitivement ses portes en 1968.
Depuis sa fondation en 1883 jusqu’en 1968, la population de Villers-Ecleux était passée de 1.042 à 582 habitants et l’effectif des classes qui était parfois supérieur à 75 élèves était tombé à 28.

Actuellement le bâtiment abrite des logements et la salle de réunion du club du 3ème âge « La Toison d’Argent » et il y a bien longtemps que des tilleuls ont remplacé les peupliers plantés lors de la construction du bâtiment en 1883, comme on peut le voir sur cette carte postale du début du siècle.

Colette Foisy
Canard n° 72, Automne 2004