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La belle saison arrivait enfin.
Mon petit voisin et moi empruntions alors, un raccourci
tellement plus agréable que la route bitumée. C’était
alors une jolie promenade avec tellement d’insectes et
de plantes à observer ! Les champs se succédaient :
maïs, luzerne, pomme de terre, orge, betterave, seigle,
blé, et la belle avoine émaillée de coquelicots, suivie
plus loin d’un pré grand comme un mouchoir de poche.
Du haut de nos six ou sept ans, nous empruntions tous
les deux ce sentier fait par les gens qui l’empruntaient
régulièrement à pied ou à bicyclette. Il partait en
diagonale, traversait les champs et passait derrière
l’école. Il continuait jusqu’à la rue qui conduit au
cimetière.
Pour nous c’était le paradis : les grillons et les
criquets chantaient à qui mieux mieux ; la courtilière,
elle aussi, émettait presque le même cri, un peu plus
long que celui du grillon mais bien aussi mélodieux ; et
les trilles de l’alouette qui montait en spirale dans le
ciel. Ce concert nous laissait tout étourdis.
Et le temps passait …Tout nous arrêtait dans notre
parcours : une fourmilière en pleine activité, des
bouses sèches constellées de petits papillons bleu ciel
…
Un jour, en arrivant vers les arbres, la rencontre avec
un Lucane cerf volant (à l’époque, nous ne connaissions
pas son nom) nous avait stupéfiés. Ce scarabée de taille
impressionnante, de couleur noire, avec ses deux
mandibules menaçantes était effrayant. À notre
connaissance aucun insecte n’atteignait ces dimensions
imposantes ! A distance nous l’avions contemplé dans son
lent cheminement jusqu’à sa disparition dans les hautes
herbes.
Nous croquions la feuille d’oseille sauvage en faisant
la grimace, nous suçions les fleurs d’orties blanches
sucrées, nous cueillions le salsifi sauvage dont la
partie supérieure de la tige était également sucrée …
tant est si bien que par un bel après-midi, conscients
d’avoir traîné plus que d’habitude, nous nous hâtions
sur la dernière partie du trajet.
À proximité de l’école, le brouhaha des écoliers dans la
cour de récréation nous rassura. Ouf ! nous n’étions pas
en retard. Une fois franchie la grille de l’école, une
trentaine de paires d’yeux nous regardèrent avec
étonnement : nous arrivions en pleine récréation à 15h30
!
Nos explications embarrassées ne persuadèrent pas
l’institutrice de notre bonne foi qui nous donna cent
lignes à écrire : « je dois arriver à l’heure à l’école
».
À faire signer par nos parents.
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