UN CANARD SUR LA LOUE est une revue trimestrielle entièrement réalisée par des bénévoles. Il poursuit son aventure sur le bord de la Loue depuis 25 ans. Tiré à 450 exemplaires, il parle de la vie associative, du patrimoine, de la nature, de l'histoire locale, etc. Ses abonnés sont du Val d'Amour, d'ailleurs et parfois même d'au-delà des océans. Il est pour ses fidèles lecteurs la Vitrine du Val d'Amour. Chaque numéro d’une trentaine de pages paraît à l’arrivée du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver.

Histoire - Auguste Pointelin


Pourquoi vouloir parler d’Auguste Pointelin alors qu’on fête le bicentenaire de la naissance de Jules Grévy ? Tout simplement parce que c’est une des figures marquantes de Mont-sous-Vaudrey qui a vécu au même siècle, certes décalé d’une génération.
Auguste Pointelin est né à Arbois le 23 juin 1839 d’une famille de cafetiers-vignerons. Son enfance se passe dans le quartier de Courcelles, tout près de la maison paternelle de Pasteur. Il fait ses études au collège d’Arbois où il découvre très tôt sa vocation de peintre. Il fut encouragé par son professeur de dessin Victor Maire, lui-même peintre. Il obtient ses deux bacs mais il n’ira pas aux Beaux Arts car il a besoin d’un métier qui lui assure son avenir. Il devient donc professeur de mathématiques pour avoir des loisirs et faire de la peinture.

Il est nommé au lycée d’Avesnes dans le Nord où il restera onze années. Il revient passer ses vacances à Arbois et mène de front ses deux carrières : l’enseignement et l’art. Ses années d’apprentissage (1858-1875) montrent un artiste un peu maladroit et académique qui préfère déjà le paysage. En 1865, il visite le Salon des Artistes français et en 1866, il y expose pour la première fois. Robert Fernier rapporte les souvenirs de Pointelin sur ce premier salon : « Je vis des tableaux qui semblaient offrir le même intérêt par le sujet et par la manière dont ils étaient traités. Je les comparai et je compris que l’art n’était pas fait d’exécution mais de simplification. » Entre 1866 et 1869, aucune œuvre n’apparaît au Salon, il n’occupe aucun poste d’enseignant, il séjourne probablement en Moldavie.

On sait très peu de choses sur sa vie privée, il a été marié à Marie-Louise Durant qui est morte à Arbois en 1886.

En 1876, il reçoit une mention honorable au salon pour son tableau « Sur un plateau du Jura ».
En 1878, grâce à l’appui de Pasteur, Pointelin est nommé professeur de mathématiques au lycée Louis-le-Grand à Paris. Il obtient la médaille de 3ème classe au salon grâce à son tableau « Une prairie dans la Côte d’Or ». Pendant cette période parisienne (1878-1896), il ne peint que des paysages : le Jura, la côte normande et bretonne, le parc Montsouris. Ses formats se diversifient ainsi que les techniques : huile sur bois, sur toile, pastels, fusains, mine de plomb, aquarelle. Petit à petit, sa palette chromatique se réduit, il cherche à éliminer tout élément anecdotique.
 
Il obtient des commandes officielles (décoration pour l’Hôtel de Ville de Paris), ses tableaux sont régulièrement achetés par l’état. D’ailleurs, il a rencontré Jules Grévy à Paris qui lui a transmis des commandes officielles pour les hôtes de l’Elysée.

Ils ont été à l’apogée de leur carrière en même temps. Evidemment Pointelin est atypique, il n’a pas de réels contacts avec les artistes officiels de l’époque et n’a pas de liens non plus avec l’avant-garde notamment les impressionnistes. Son art s’épure presque jusqu’à l’abstraction. Ses œuvres deviennent presque monochromes, partagées en deux parties égales, l’une sombre la terre, l’autre claire le ciel. Les toiles qu’il prépare lui-même sont très grossières, la peinture est devenue épaisse et granuleuse, la touche vigoureuse. Il essaie depuis toujours de rendre l’idée même du paysage ce qui rend sa recherche très moderne.

A partir de 1897, il se retire définitivement à Mont-sous-Vaudrey où il se consacre à la peinture tout en gardant son atelier et son domicile parisiens. Il expose régulièrement au salon jusqu’au bout. A Mont-sous-Vaudrey, il participe aux activités régionales et se lie d’amitié avec beaucoup d’intellectuels de la région. Plusieurs expositions lui sont consacrées, en particulier en 1927 au Musée des Beaux Arts de Besançon.

Ses dernières années sont marquées par la maladie, la vieillesse et les soucis causés par l’avenir de son œuvre. Il reçoit de nombreuses visites, et même des jeunes peintres qui viennent lui demander des conseils. Nous avons le témoignage précieux d’un peintre Auguste Rose qui justement a profité de sa jeunesse pour oser aller frapper à la porte du Maître, alors déjà plus qu’octogénaire. Il le décrit avec une forte moustache blanche, des sourcils épais et broussailleux. Auguste Pointelin avait à Mont-sous-Vaudrey la réputation de savant, d’artiste talentueux et d’un homme sage entre tous. Il reçut très chaleureusement le jeune artiste et l’invita même à revenir souvent. Chaque fois, il trouvait une toile sur le chevalet sous la « surveillance » du Maître, attendant son accord définitif, la toile pourrait alors vivre sa vie autonome.

N’oublions pas non plus que Auguste Pointelin fait passer dans son œuvre sa foi en une spiritualité indestructible. Il raconte à notre artiste l’influence de certains voyages. C’est entre Auxonne et Dijon qu’une impression décisive oriente son œuvre vers le paysage. D’un voyage qui le conduit d’Arbois à Genève, il regarde la nature par la fenêtre du train et dit : « Ce fut là mon premier entretien avec la nature. Puis j’ai eu la révélation du Jura, plus exactement du plateau jurassien. J’avais le loisir de regarder, de voir la région que je traversais et d’en ressentir des émotions profondes. Dirai-je effectivement que j’en ai eu la révélation ?(…) Ma voie apparaissait nettement, je ne l’ai plus quittée depuis.(…) J’ai toujours cherché depuis à rendre l’émotion qui se développait en moi, n’en trouvant aucune autre qui soit aussi vive, aussi pure. La nature, dans sa solitude, est capable de conduire au lyrisme. »

Auguste Pointelin meurt le 9 avril 1933 à l’âge de 93 ans à Mont-sous-Vaudrey. On peut encore y voir sa maison familiale qui est l’actuelle médiathèque.

Si vous avez envie de voir des œuvres d’Auguste Pointelin, allez au Musée Sarret de Grozon à Arbois (ouvert seulement en juillet-août), aux Musées de Dole, de Lons-le-Saunier, de Besançon.

Joëlle Guyon
Canard n° 82, printemps 2007